Ecrivain argentin, Jorge Luis Borges naît à Buenos Aires. A neuf ans, il traduit Le Prince Heureux d'Oscar Wilde. Sa famille déménage pour Paris en 1914, pour se fixer peut après à Genève où Jorge apprends le français. Il y prépare le baccalauréat et lit les grands auteurs du XIXe, s'intérresse à la philosophie, découvre le mysticisme juif à travers le roman de G. Meyrink : le Golem. En 1919, le famille prends le chemin du retour en Argentine, et s'arrête un an en Espagne, où Jorge écrira et fréquentera les milieux d'avant garde ultraiste. Il écrit, participe à la création de revues (Prisma, Proa), avec quelques jeunes écrivains groupés autour de Macedonio Fernandes. En 1923, il effectue un second voyage en Europe. Les années 20 sont ppur lui une période d'intense activité, d'une grande production littéraire qu'il reniera, remettra en cause par la suite. En 1927, il subit une première opération des yeux, il deviendra complètement aveugle à la fin des années 50. En 1938, son père meurt il commence à travailler dans une bibliothèque, où il s'ennuie, cela durera neuf années.. cette même année, il est victime d'un traumatisme crânien, il restera un mois entre la vie et la mort. Il est renvoyé de la bibliothèque et nommé inspecteur des lapins et de la volaille sur les marchés publics. Il démissionne et entame une carrière de conférencier. Il sera ensuite nommé professeur de littérature. Il s'oppose à la dictature de Peron, et est constamment sous surveillance. A la chute du dictateur (1955), il est nommé directeur de la bibliothèque nationale, puis professeur de littérature à l'université de Buenos Aires. Il devient alors complètement aveugle. Il recevra avec Samuel Becket, en 1961, le prix Formentor, ce qui lui ouvre les portes du monde occidental. Il commence alors à voyager aux Etats-Unis, puis en Europe où il donne des conférences. En 1967, il épouse une de ses amies de jeunesse dont il divorcera en 1970. En 1980, il reçoit à Madrid le prix Cervantes. Il meurt à Genève le 14 juin 1986.
Etant enfant, Borges avait peur des miroirs ; il refusait de s'endormir dans une chambre qui avait un miroir. Le symbole du miroir est l'un des plus fréquents chez Borges. Les miroirs renvoient l'aspect apparent du monde, puisqu'ils reflètent une réalité qui n'est pas en eux mais hors d'eux ; en outre, ils la reflètent inversée. Ils sont aussi réflexion de la conscience et autocontemplation, mais peuvent aussi être des portes.
Tout cristal nous guette. Si entre les quatre
Murs d'une chambre se trouve un miroir,
Je ne suis plus seul. Un autre est là, le reflet
Que dispose dans l'aube un thétre secret.
"Une de mes prières insistantes à Dieu et à mon ange gardien était de ne pas rêver de miroirs. Je sais que je les surveillais avec inquiétude. J'ai craint, certaines fois, de les voirs diverger soudain de la réalité ; d'autre fois, d'y trouver mon visage défiguré par d'étranges adversités. J'ai appris que cette crainte est, de nouveau, prodigieusement présente dans le monde."
J.L.Borges - Les miroirs voilés
Fascination pour les tigres : même ceux qu'il dessinait ou fabriquait l'effrayaient. Chez lui le tigre est non seulement la force et la violence, l'obscurité, le feu et le Mal, mais aussi le temps. Il y a aussi la nostalgie d'une violence dont Borges, protégé dans sa bibliothèque, n'a pas l'expérience. Dans un poème de vieillesse, L'autre tigre, il essayera de l'imaginer dans sa véritable réalité.
"Dans mon enfance, je professais avec ferveur l'adoration du tigre : non du tigre ocellé des îles flottantes du Paraná et de la confusion amazonique, mais du tigre rayé, asiatique, royal, que peuvent seulement affronter des hommes de guerre, du haut d'un fort dressé sur un éléphant.
[...]
Alors, je me mets à penser : ceci est un rêve, une diversion pure de ma volonté et puisque j'ai un pouvoir illimité, je vais causer un tigre.
Quelle incompétence ! Mes songes n'arrivent jamais à engendrer le fauve convoité. Certes le tigre apparaît, mas disséqué ou fragile, ou avec de ridicules variations morphologiques, ou d'un format inadmissible, ou terriblement fugace, ou tirant sur le chien ou sur l'oiseau."
J.L.Borges - DreamTigers