Crucifixion (1930), de Pablo Picasso

Crucifixion (1930), de Pablo Picasso
Picasso reprend ici un des thèmes les plus représentés dans l'histoire de la peinture religieuse européenne, la Crucifixion. Aux codes bien établis : Christ en croix, légionnaires jouant aux dés, larrons, Madeleine échevelée et éplorée au pied de la croix... Picasso ajoute des figures issues de son propre univers. Le légionnaire perçant le flanc du Christ devient un picador, le profil de Marie-Thérèse apparaît dans l'angle de la croix. L'ensemble de la composition est dominé par les couleurs rouge et jaune, celles du sacrifice du taureau au soleil comme dans l'antique culte de Mithra, celles de l'Espagne abandonnée par Picasso.

La "Crucifixion" est un tableau assez surprenant dans l'œuvre de Picasso. Le peintre a en effet fort peu traité de thèmes religieux. Et, au-delà d'une représentation classique du Calvaire, il met en scène bien des personnages étranges. Le sacrifice devient une sorte de cérémonie initiatique ou d'exorcisme. La palette utilisée par Picasso est inhabituelle : des rouges, des jaunes, des verts crus composent un ensemble de formes entremêlées aux contrastes violents. La palette graphique et les trucages vidéo, une fois de plus, facilitent la lecture. L'œuvre, composée comme une sorte de rébus, concentre une multitude d'allusions et fait aussi référence à la crise profonde que traverse Picasso à cette époque. La vie privée, l'intimité rejoignent le drame universel.
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# Posté le dimanche 18 février 2007 10:43

Le Lac, d'Alphonse DE LAMARTINE,

Le Lac, d'Alphonse DE LAMARTINE,
Le lac

Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges
Jeter l'ancre un seul jour ?


Ô lac ! l'année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu'elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m'asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s'asseoir !

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
Ainsi le vent jetait l'écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.

Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions en silence ;
On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.

Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos ;
Le flot fut attentif, et la voix qui m'est chère
Laissa tomber ces mots :

" Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !


" Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Coulez, coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
Oubliez les heureux.

" Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m'échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l'aurore
Va dissiper la nuit.

" Aimons donc, aimons donc ! de l'heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive ;
Il coule, et nous passons !
"

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse,
Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur,
S'envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?

Eh quoi ! n'en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus !

Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?

Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?

Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
Vous, que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !

Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux.

Qu'il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés.

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire,
Tout dise : Ils ont aimé !

# Posté le samedi 03 février 2007 15:49

Jorges Luis Borges, 1899-1986

Jorges Luis Borges, 1899-1986
Ecrivain argentin, Jorge Luis Borges naît à Buenos Aires. A neuf ans, il traduit Le Prince Heureux d'Oscar Wilde. Sa famille déménage pour Paris en 1914, pour se fixer peut après à Genève où Jorge apprends le français. Il y prépare le baccalauréat et lit les grands auteurs du XIXe, s'intérresse à la philosophie, découvre le mysticisme juif à travers le roman de G. Meyrink : le Golem. En 1919, le famille prends le chemin du retour en Argentine, et s'arrête un an en Espagne, où Jorge écrira et fréquentera les milieux d'avant garde ultraiste. Il écrit, participe à la création de revues (Prisma, Proa), avec quelques jeunes écrivains groupés autour de Macedonio Fernandes. En 1923, il effectue un second voyage en Europe. Les années 20 sont ppur lui une période d'intense activité, d'une grande production littéraire qu'il reniera, remettra en cause par la suite. En 1927, il subit une première opération des yeux, il deviendra complètement aveugle à la fin des années 50. En 1938, son père meurt il commence à travailler dans une bibliothèque, où il s'ennuie, cela durera neuf années.. cette même année, il est victime d'un traumatisme crânien, il restera un mois entre la vie et la mort. Il est renvoyé de la bibliothèque et nommé inspecteur des lapins et de la volaille sur les marchés publics. Il démissionne et entame une carrière de conférencier. Il sera ensuite nommé professeur de littérature. Il s'oppose à la dictature de Peron, et est constamment sous surveillance. A la chute du dictateur (1955), il est nommé directeur de la bibliothèque nationale, puis professeur de littérature à l'université de Buenos Aires. Il devient alors complètement aveugle. Il recevra avec Samuel Becket, en 1961, le prix Formentor, ce qui lui ouvre les portes du monde occidental. Il commence alors à voyager aux Etats-Unis, puis en Europe où il donne des conférences. En 1967, il épouse une de ses amies de jeunesse dont il divorcera en 1970. En 1980, il reçoit à Madrid le prix Cervantes. Il meurt à Genève le 14 juin 1986.


Etant enfant, Borges avait peur des miroirs ; il refusait de s'endormir dans une chambre qui avait un miroir. Le symbole du miroir est l'un des plus fréquents chez Borges. Les miroirs renvoient l'aspect apparent du monde, puisqu'ils reflètent une réalité qui n'est pas en eux mais hors d'eux ; en outre, ils la reflètent inversée. Ils sont aussi réflexion de la conscience et autocontemplation, mais peuvent aussi être des portes.

Tout cristal nous guette. Si entre les quatre
Murs d'une chambre se trouve un miroir,
Je ne suis plus seul. Un autre est là, le reflet
Que dispose dans l'aube un thétre secret.


"Une de mes prières insistantes à Dieu et à mon ange gardien était de ne pas rêver de miroirs. Je sais que je les surveillais avec inquiétude. J'ai craint, certaines fois, de les voirs diverger soudain de la réalité ; d'autre fois, d'y trouver mon visage défiguré par d'étranges adversités. J'ai appris que cette crainte est, de nouveau, prodigieusement présente dans le monde."
J.L.Borges - Les miroirs voilés

Fascination pour les tigres : même ceux qu'il dessinait ou fabriquait l'effrayaient. Chez lui le tigre est non seulement la force et la violence, l'obscurité, le feu et le Mal, mais aussi le temps. Il y a aussi la nostalgie d'une violence dont Borges, protégé dans sa bibliothèque, n'a pas l'expérience. Dans un poème de vieillesse, L'autre tigre, il essayera de l'imaginer dans sa véritable réalité.

"Dans mon enfance, je professais avec ferveur l'adoration du tigre : non du tigre ocellé des îles flottantes du Paraná et de la confusion amazonique, mais du tigre rayé, asiatique, royal, que peuvent seulement affronter des hommes de guerre, du haut d'un fort dressé sur un éléphant.
[...]
Alors, je me mets à penser : ceci est un rêve, une diversion pure de ma volonté et puisque j'ai un pouvoir illimité, je vais causer un tigre.
Quelle incompétence ! Mes songes n'arrivent jamais à engendrer le fauve convoité. Certes le tigre apparaît, mas disséqué ou fragile, ou avec de ridicules variations morphologiques, ou d'un format inadmissible, ou terriblement fugace, ou tirant sur le chien ou sur l'oiseau.
"
J.L.Borges - DreamTigers
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# Posté le mardi 18 octobre 2005 13:24

Modifié le mercredi 06 juin 2007 11:26

La naissance de Vénus (1879), de William Bouguereau

La naissance de Vénus (1879), de William Bouguereau
Le sujet principal est la Vénus mythologique, dans sa forme anyadomène (sortant de l'écume de mer) ; elle est en pleine forme : couronnée de tresses luxuriantes, elle paraît ainsi au Monde entourée de ses zélotes.

Sujets : les centaures évoquent la sauvagerie virile; ils sont partenaires des nymphes (les embrassades illustrent l'accouplement, les femmes s'appuyant métaphoriquement sur les hommes dans cette représentation). Dauphins et Ondin dénotent que Vénus est fille de la Mer. Enfin, une myriade d'angelots, parmi lesquels volète le cupidon aux flèches provoquant la passion, associent également la déesse au Ciel (selon la mythographie : Ouranos). L'envolée lyrique des petits anges évoque l'intercession, un thème plus chrétien que profane; tous les regards convergent vers le sujet principal.

La couleur de peau plus claire des femmes et des anges les associent, soulignant leur différence face aux centaures masculins, des brutes bronzées. La blancheur de teint était une vertu féminine prisée au Moyen-âge occidental.

Autres symboles :

la Coquille est le symbole emblématique de cette glorieuse fille du ciel et de la mer, qui rince sa longue chevelure, une fois sortie des eaux.
les conques annoncent en fanfare l'arrivée de la déesse sur la scène du monde grec.
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# Posté le lundi 26 septembre 2005 15:45

La naissance de Vénus (1486), de Botticelli

La naissance de Vénus (1486), de Botticelli
Tableau sur toile à la tempera de 1,73 m. sur 2,79 m.

C'est une peinture d'histoire, racontant un épisode mythologique : d'après Hésiode, Aphrodite est une fille d'Ouranos dont les organes sexuels tranchés par Chronos tombèrent dans la mer et engendrèrent la déesse, née des vagues, Vénus-Aphrodite anadyomène. Elle fut poussée par les Zéphyrs d'abord à Cythère, puis sur la côte de Chypre. Là elle fut accueillie par les saisons, les Heures, vêtues et parées pour aller chez les immortels.


Le tableau représente un épisode concentré de l'image du mythe: l'arrivée de Vénus à Chypre. Le tableau est composé en triptyque.

A gauche : Un couple ailé, où on identifie Zephyr qui souffle le vent, enlacé à Chloris.
La pluie de roses qui les accompagne rappelle l'haleine parfumée de Zéphyr et connote à la fois l'amour et le printemps.
Les deux personnages portent des ailes, habituellement attribuées aux anges

Au centre : Vénus nue avec une très longue chevelure, sur une coquille Saint Jacques, arrive près du rivage. Le modèle du peintre est Simonetta Vespucci, égérie des peintres (qui est aussi représentée en Flore dans Le Printemps).
Le personnage est aussi une reproduction d'une Vénus de Apelle, peintre grec du IVe siècle. Ses cheveux dépeignés désignent un état de nature avant les bienfaits de la civilisation. Le mouvement des cheveux qui cache la nudité fait référence à Ève pécheresse.
Le corps de Vénus est fidèle à l'anatomie, sauf pour l'articulation du bras, ce qui souligne la sensualité de la ligne.

A droite : Une femme accueille Vénus en lui jetant une cape pour la recouvrir.
C'est une des saisons que l'on peut identifier à Flore avec sa robe couverte de bleuets, son collier de feuillages et sa ceinture de roses.
Elle a une chevelure bien coiffée et donne à Vénus le vêtement, la pudeur.


Les personnages apparaissent plaqués sur un décor qui représente de manière naïve l'eau avec les vagues et les roseaux.

Quel est le message proposé par la Naissance de Vénus?
Il faut se rappeler que l'influence néo-platonicienne est toujours présente. Ici, Vénus représente elle-même la beauté grâce à la construction harmonieuse de son corps: l'écartement de ses seins et leur distance au nombril forme un triangle que l'on peut reporter à la base du cou.
Ce tableau propose une image de l'humanisme qui réalise la synthèse entre le monde païen et le monde chrétien : le monde païen, monde du mythe, de la beauté antique, le monde chrétien, c'est l'image des anges, d'Eve qui accèdent à la civilisation.
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# Posté le lundi 26 septembre 2005 15:36

Modifié le lundi 04 juin 2007 04:14